Né à Legnago, Antonio Salieri quitte l'Italie pour Vienne dès 1766. Élève et protégé du compositeur autrichien Florian Gassmann, il reçoit une éducation musicale variée (violon, clavecin, chant, basse continue et contrepoint, latin, allemand et français, poésie italienne et art de la déclamation). En 1767, il rencontre Métastase, poète de la cour impériale et auteur de livrets d'opéras seria abondamment utilisés par les compositeurs de l'époque. Il fait en 1769 la connaissance de Christoph Willibald Gluck, qu'il fréquente jusqu'à la mort de ce dernier, en 1787. Sa première œuvre notable, l'opéra Armida, date de 1771. Dès 1774, à l'âge de vingt-quatre ans, il succède à Gassmann comme compositeur de la cour de Vienne et chef d'orchestre de l'Opéra italien. Quatre ans plus tard, le théâtre de la Scala, à Milan, est inauguré avec son opéra l'Europa riconosciuta (1778). Sa réputation européenne s'accroît encore les années suivantes, plusieurs de ses opéras étant donnés à l'Opéra de Paris, et notamment Tarare (1787), sur un livret de Beaumarchais. Ce même opéra, complètement remanié, est repris en 1788 à Vienne, sous le titre Axur, Re d'Ormus. En 1788 toujours, Salieri devient maître de chapelle impérial à Vienne, poste qu'il occupe jusqu'en 1824. Son dernier grand succès est l'opéra Palmira, Regina di Persia, en 1795. Au tournant du siècle, se sentant dépassé par l'évolution de l'écriture musicale, il renonce pratiquement à composer.
L'œuvre de Salieri comprend plus de quarante opéras, de la musique d'église, des cantates et quelques pièces instrumentales. Ses opéras reflètent les différentes tentatives de l'époque pour échapper au modèle purement métastasien, préconisant une stricte alternance entre récitatifs et airs da capo. Armida, et plus encore Tarare, laissent entrevoir une probable influence des idéaux dramatiques de Gluck : la frontière entre récitatif et air s'estompe, les ensembles se font plus nombreux, l'instrumentation gagne en importance. Salieri a aussi été un pédagogue de premier plan, comptant parmi ses élèves Beethoven, Schubert, Czerny, Hummel et Liszt. La légende selon laquelle il aurait empoisonné Mozart semble n'avoir aucun fondement mais a fait l'objet d'un opéra de Nikolaï Rimski-Korsakov (Mozart et Salieri, 1897), tiré d'une pièce du poète russe Alexandre Pouchkine, et d'une pièce du dramaturge britannique Peter Shaffer (Amadeus, 1979), dont Milo Forman a tiré son film Amadeus (1984).